Avec Vous, les Asiates..., Linh-Lan Dao explore le racisme anti-asiatique en France et invite à une prise de conscience pour mieux vivre ensemble.
Dans son ouvrage Vous, les Asiates... : Enquête sur le racisme anti-asiatique en France (éd. Denoël), la journaliste française d'origine vietnamienne Linh-Lan Dao explore les discriminations souvent ignorées que subissent les communautés asiatiques en France. S'appuyant sur des statistiques, des témoignages et sa propre expérience, elle dénonce les stéréotypes et les injustices auxquels ces populations font face, tout en appelant à une plus grande tolérance et en prodiguant des conseils sur les réactions à adopter en cas d'injures ou d'attaques racistes.
À qui s’adresse ce livre ?
Prioritairement aux Asiatiques de France parce qu’ils ont eu assez peu de représentations ou de livres à ce sujet. Et puis aussi aux personnes blanches puisque nous vivons toutes et tous ensemble dans la société et que les personnes blanches peuvent avoir quelques conseils à écouter pour devenir de meilleurs alliés, nous aider à mieux lutter contre les discriminations et surtout à ne pas en commettre.
Vous parlez de deux générations dans cet ouvrage. Quelles sont-elles et quelles sont leurs différences ?
La première génération représente les personnes nées à l’étranger et qui ont immigré en France pour faire leur vie. Et puis les personnes de deuxième génération sont les enfants de cette première génération, nés en France mais qui ont des origines immigrées. Il y a entre elles une différence générationnelle et culturelle. La première a plutôt conservé la culture du pays tandis que la deuxième a une culture plus hybride, formée par celle du pays d’origine et la culture française. Par ailleurs, la première génération va vraiment subir énormément de racisme mais ne va pas forcément le percevoir ou va le prendre comme quelque chose d’inévitable. Elle se dit: « C’est normal, je suis une personne étrangère ». Alors que la deuxième génération qui est née en France, comme moi, pense avoir tous les droits et va s’apercevoir que, dans la vraie vie, ce n’est pas vraiment le cas. Cette deuxième génération va être beaucoup plus sensible au racisme et aux discriminations.
Pourquoi sortir cette enquête aujourd’hui ?
Ça a vraiment été un long chemin. En 2017, j’ai eu une sorte de déclic lorsque j’ai vu le sketch des Chinois de Kev Adams et Gad Elmaleh et je me suis demandé pourquoi on riait encore des blagues racistes que j’entendais dans la cour de récréation. Puis à partir du COVID, je me suis dit qu’il fallait vraiment qu’on écrive un livre sur le racisme anti-asiatique. Et enfin en 2024, on a vu pas mal d’études et de statistiques tangibles quantifier le racisme anti-asiatique.
L'enquête aurait pu sortir il y a cinq ans, mais je pense qu'elle n'aurait pas eu la même résonnance. À partir de la pandémie du COVID en France, on a vu que des personnes d’origine est et sud-est asiatique pouvaient être insultées ou tabassées dans la rue. Il y a eu une prise de conscience collective. Je ne suis pas toute seule, il y a toute une génération derrière moi qui pense la même chose. Aujourd’hui, on sait que le racisme anti-asiatique existe et on en parle.
Désormais, vous avez envie d'entendre quoi après « Vous, les Asiates... » ?
J’ai envie d’entendre « Vous, les Asiates… Vous faites partie de la société française, même avec vos différences, même avec vos particularités et on est tous ensemble ».